Faut Il Douter De Tout Plan Dissertation Juridique

INTRODUCTION

Douter, c’est remettre en cause, hésiter. Douter vient d’ailleurs du latin dubitare qui signifie balancer entre deux choses. Douter, c’est donc rester dans l’expectative. Dans la question « peut-on douter de tout? », on peut remarquer qu’exceptionnellement l’expression « peut-on » peut se prendre selon deux acceptions soit : « est-il possible? », soit « est-il permis? ».

C’est pourquoi dans un premier temps, nous tâcherons de savoir s’il est possible de douter de tout, ou y a t-il quelque chose qui puisse résister au doute ? Et, dans un deuxième temps, nous examinerons s’il est permis de douter de tout. Autrement dit, il s’agira de voir s’il est dommageable, dangereux de douter de tout. Celui qui doute de tout étant un sceptique, il s’agira donc de se demander si le scepticisme est une position moralement acceptable.

PREMIÈRE PARTIE : EST-IL POSSIBLE DE DOUTER DE TOUT, OU ENCORE, Y A T-IL QUELQUE CHOSE QUI PUISSE RÉSISTER AU DOUTE ?

Pour voir si l’on peut trouver quelque chose qui résiste au doute, nous allons faire la reprise de la démarche de Descartes dans les Méditations Métaphysiques (1641). Dans la première méditation, en effet, le philosophe intitule ainsi sa première méditation : « Des choses que l’on peut révoquer en doute ». Le doute cartésien est à distinguer du doute sceptique. Dans le doute cartésien, il s’agit de trouver une vérité première, tandis que dans le doute sceptique, il s’agit de douter pour douter. Il y a donc une certaine stérilité dans le doute sceptique qui n’est pas l’apanage du doute cartésien.

Descartes veut savoir s’il y a quelque chose qui résiste à l’épreuve du doute pour fonder une vérité première sur laquelle s’appuiera sa philosophie. Si Descartes, dans la Première Méditation passe en revue de manière méthodique toutes les choses dont on peut douter par la seule force de l’esprit, c’est qu’il a été déçu par ses études. À l’issue de ses études, rien ne semble assuré au philosophe, alors qu’il désire et cherche à bien conduire sa raison. En fait, Descartes, en sa jeunesse et à la fin de ses études a connu un doute spontané et profond, une véritable déception. Le doute méthodique dans les MéditationsMétaphysiques n’est donc que la reprise volontaire, réfléchie et calculée d’un état d’abord vécu par Descartes comme un véritable vertige existentiel. Descartes, après ses études est allé voir « dans le grand livre du monde » (il a fait des voyages, fréquenté toutes sortes de gens, s’est engagé dans l’armée). Or, ces voyages et ces rencontres, par leur diversité n’ont fait que renforcer son doute. Aussi Descartes en tire la règle de vie suivante : « J’apprenais à ne rien croire trop fermement de ce qui m’avait été persuadé par l’exemple et par la coutume ». Descartes éprouve à ce moment de sa vie une grande lassitude et tout lui semble relatif.

Mais comme Descartes veut conduire sa vie à partir d’une base ferme  » Je pris un jour résolution d’étudier en moi-même ». Dans ce retournement sur lui-même, le philosophe va faire que tout ce qu’il voit autour de lui soit objet de doute. Pour ce faire, Descartes explique que son doute va être « méthodique, hyperbolique et radical ». Si le doute est méthodique, c’est que le philosophe va systématiquement frapper du doute tout ce qui entoure l’homme par étapes. Le doute de Descartes est de plus hyperbolique, car Descartes va douter de tout ce qui n’est pas certain d’une certitude absolue. Le doute de Descartes est enfin radical, car Descartes va traiter comme absolument faux ce qui n’est que simplement douteux, et comme toujours trompeurs ce qui a pu le tromper quelquefois.

Au début des Méditations Métaphysiques, Descartes se rappelle son enfance : « Dès mes premières années, j’avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables ». L’enfance, en effet, est une période où l’on est passif devant l’enseignement d’autrui. On n’a pas encore la maturité nécessaire pour formuler un véritable jugement critique. Et si nous devons un jour tout remettre en cause (c’est « parce que nous avons été enfants avant que d’être hommes ») remarque Descartes dans le Discours de la Méthode. Pour Descartes, il faut trouver un principe indubitable, une vérité première pour connaître véritablement le monde. Descartes fut un grand savant, inventeur de la dioptrique et du calcul des fonctions; mais pour lui les sciences doivent reposer sur des principes métaphysiques certains  qui les fondent.
En effet, pour Descartes, si on ne trouve rien d’indubitable alors les sciences ne sont peut-être que des fables de l’esprit.

Première étape du doute de Descartes : le doute portant sur les perceptions et sur les sensations

Descartes constate que spontanément l’homme croit en ses perceptions : « Tout ce que j’ai reçu jusqu’à présent pour le plus vrai et assuré, je l’ai appris des sens ». L’homme a naturellement tendance à accorder créance à ses perceptions. Descartes fait donc l’effort philosophique d’aller à l’encontre de cette tendance naturelle. Pour révoquer en doute les perceptions, Descartes se sert de l’argument des sens trompeurs. Il donne notamment l’exemple d’illusions, de loin une tour carrée apparaît ronde.

Descartes ne s’amuse pas à prouver que toutes les perceptions sont fausses, il suffit pour douter des perceptions de faire voir que parfois, elles sont trompeuses. On voit par là encore la radicalité du doute de Descartes. Mais Descartes va rajouter un autre argument pour pouvoir rejeter de manière plus complète les perceptions. Après l’argument des sens trompeurs, il va invoquer l’argument du rêve. Voilà quel est-il : Descartes va faire remarquer que parfois rêve et réalité se confondent. Et parfois au réveil, on est déboussolé car on croyait réellement vivre la situation rêvée alors que l’on était endormi.

Ainsi parce que parfois on éprouve des difficultés pour différencier le rêve de l’état de veille; alors Descartes va rejeter, douter des perceptions d’une manière encore plus radicale.

Puis deuxième étape : doute portant sur les sciences qui reposent sur les perceptions. Descartes se dit maintenant qu’il peut douter des sciences comme la physique, l’astronomie, la médecine car ces domaines aussi rationnels soient-ils reposent sur les perceptions. Or, Descartes, a mis en doute les perceptions puisque parfois elles sont trompeuses.

À ce moment là, le doute de Descartes dans sa radicalité a entraîné la négation du monde extérieur et perçu (comme « ciel, air, terre, couleurs, figures, sons »). Mais l’entreprise du doute, par extension aboutit aussi à la négation de son propre corps, et Descartes nous dit que si cela se trouve ( il n’a « point de main, d’yeux, de chair »).
Mais il y a encore une catégorie d’objets qui semble échapper encore au doute de Descartes.

Troisième étape : Doute portant sur l’arithmétique et la géométrie.

Descartes se demande quel argument il peut avancer pour douter des vérités des mathématiques et de la géométrie, car l’argument du rêve n’est pas opérant sur ces sciences pures. En effet, que je rêve et ou que je sois à l’état de veille 2 + 2 font toujours 4, 2 + 3 font toujours 5. Les vérités mathématiques restent les mêmes que l’on rêve ou que l’on soit à l’état de veille. Alors Descartes va avancer son argument le plus fort dans l’entreprise du doute. Descartes va faire l’hypothèse du « malin génie » qui est la suivante : si cela se trouve, se dit Descartes, je n’ai pas été créé par un dieu juste et bon, mais par un malin génie tellement malin qu’il m’a fait accroire que 2 + 2  = 4, alors qu’en fait 2 + 2 = 5 !  C’est avec cet argument du malin génie que le doute cartésien atteint sa puissance maximale.

Dans le récit de l’entreprise du doute, dans les Méditations Métaphysiques, Descartes souligne à de nombreuses reprises la difficulté du doute « méthodique, hyperbolique, radical ». Le doute cartésien est une opération contre-nature, qui va à l’encontre du mouvement spontané de la vie qui veut qu’instinctivement nous croyons en la vraisemblance de nos sensations et de nos perceptions.

Mais au début de la seconde méditation, Descartes se demande si la seule vérité qu’il va trouver ne va pas être qu’il n’y a rien au monde de certain ! Descartes a peur que la vérité première soit négative, car alors si tel est le cas, on ne peut rien édifier comme raisonnement solide à partir de « Rien n’est certain »

Quatrième étape : Découverte du cogito

Cependant Descartes va trouver une vérité première qui résiste à l’entreprise du doute. Par un mouvement réflexif, Descartes va faire un retour sur soi-même et ne plus douter seulement de son propre corps, mais aussi de son propre esprit. La négation du corps, en effet, est-elle la négation du moi ? de son propre esprit ?  se demande Descartes. Le philosophe découvre alors que la négation du corps n’entraîne pas la négation de l’esprit. En effet, même si un malin génie m’a mis des choses fausses à l’esprit, même si ce que je pense est faux, n’empêche que je pense quand même ! constate Descartes. Donc ce qui est certain, la vérité première est le cogito ergo sum : « je pense donc je suis ! »

La conscience de son propre esprit est indubitable , car même soumis à l’épreuve de la fiction du malin génie, le cogito paraît soustrait au doute. Le cogito est la vérité première sur laquelle va se fonder la philosophie de Descartes. L’esprit est plus certain que le corps car je ne peux nier le premier. « Je n’existe pas » est une proposition contradictoire; car pour dire cela, il faut exister !  Tout peut donc se nier et être mis en doute, sauf sa propre conscience.

Par le doute cartésien, on est encore renforcé dans l’idée que l’homme tire sa dignité du fait qu’il soit conscient.

Maintenant que nous avons vu que la conscience est indubitable, nous savons qu’il n’est pas possible de douter de tout, mais par ailleurs, cela est-il permis ?

DEUXIÈME PARTIE : EST-IL PERMIS DE DOUTER DE TOUT ?

Avant Descartes, en effet, il y a eu des philosophes qui se sont mis à douter pour douter. le chef de file  de ce mouvement philosophique fût Pyrrhon d’Élis (- 365 – 275 avant J-C). Son successeur le plus célèbre fut Sextus Empiricus dans son ouvrage EsquissesPyrrhoniennes ( écrit environ en – 190 avant J-C). Pyrrhon était tellement sceptique, que cela ressort dans notre langue française puisque le verbe pyrrhoniser signifie « avoir tendance à douter de tout ». Pyrrhon niait qu’une chose fût bonne ou mauvaise, vraie ou fausse en soi, et par conséquent l’attitude juste du sceptique dans la vie était l’indifférence selon lui. Ainsi, un jour alors que son ami Anaxarque était tombé dans une mare boueuse, Pyrrhon passa à côté de lui sans lui porter secours. Des gens le lui reprochèrent, mais Anaxarque loua Pyrrhon d’être réellement indifférent et sans passion comme un vrai sceptique !

Pyrrhon dans son scepticisme disait qu’il fallait renoncer à énoncer des affirmations catégoriques et renoncer à toute opinion. Pour vivre le sceptique doit se fier aux choses apparentes, sans affirmer qu’elles correspondent à une quelconque vérité en soi.
Pour les sceptiques, en effet, on ne peut rien connaître avec certitude puisque comme le remarqua Agrippa ( autre philosophe sceptique qui vécut de ) :

 1) Sur un seul et même sujet, on peut toujours soutenir deux opérations contradictoires. par exemple, l’un trouve un tableau beau, et l’autre le trouve laid. Les opinions s’opposent et sont en désaccord. Par conséquent, aucune opinion n’est certaine.

 2) Tout argument réclame une preuve, qui elle-même, doit être prouvée à son tour, et ainsi de suite, de sorte qu’on ne peut jamais arriver au bout, c’est la régression à l’infini.

 3) Les objets sont tous relatifs entre eux, et toute représentation est relative à un sujet qui l’énonce ou la pense. Par exemple, la gauche est relative à la droite, et vis et versa , le père est relatif au fils … et de ce fait aucune universalité n’est possible .

 4) Pour échapper à la régression à l’infini, il faut partir d’un postulat indémontrable, et alors tout repose sur quelque chose de non prouvé .

 5 ) Soit pour échapper à la régression à l’infini, on tombe dans le cercle vicieux où A est prouvé par B, et B est prouvé par A (c’est le fameux argument du diallèle).

Avec les sceptiques, il y a un refus de toute ontologie, il faut donc arriver à une sorte d’indifférence heureuse. Pour Pyrrhon, le sage doit aboutir à une certaine impassibilité. Il faut idéalement arriver à l‘apathie (ne rien ressentir), à l’aphasie (ne rien dire), à l‘ataraxie (n’être troublé par rien). L’adiaphorie est cette indifférence complète à laquelle doit arriver le sage, mais celle-ci ne saurait être complète sans l’acatalepsie (sorte d’absence de souffrance due à une compréhension incomplète du monde).

Le sage doit de plus cultiver l‘équanimité, une sorte d’égalité d’humeur opposée à un comportement lunatique. Le sage essaie de suspendre son jugement le plus possible dans la vie de tous les jours, car les opinions de sens commun l’indiffèrent.

Ainsi Pyrrhon, par exemple, était prêtre (il vécut 90 ans !) alors qu’il doutait de l’existence des dieux ! Pour Sextus Empiricus, son plus célèbre successeur, pour agir, on n’a pas besoin de se référer à un système métaphysique, les impressions suffisent pour mener sa vie de tous les jours. On le voit le doute sceptique pose problème car toutes les valeurs semblent voler en éclats. Le scepticisme pyrrhonien; dans toute sa logique aboutit à une vie sans passion et à une dépréciation de l’être humain (parce qu’il n’y a plus de valeurs absolues auxquelles se référer pour agir).

Il apparaît donc qu’il n’est pas vraiment permis de douter de tout. D’ailleurs Descartes le dit  lui-même dans le Discours de la Méthode, pendant qu’il opère son entreprise du doute,  se donne une morale provisoire. Cette morale provisoire de Descartes compte trois maximes :

 1) La première, c’est obéir aux lois et coutumes de son pays. Mais aussi suivre les opinions les plus modérées et les plus éloignées de l’excès. Le conformisme de Descartes se justifie car pendant l’entreprise du doute, il faut continuer de vivre avec le moins de risque possible. Le choix de la modération chez Descartes n’est donc pas le choix de l’indifférence comme chez Pyrrhon qui n’aida pas son ami Anaxarque.
Descartes remarque les opinions modérées sont « les plus commodes pour la pratique » et « vraisemblablement les meilleures, tout excès ayant coutume d’être mauvais « . Et si on s’est trompé, on est moins détourné du vrai chemin que ne risque de le faire une opinion extrême.

 2) La deuxième maxime de la morale provisoire de Descartes, est d « être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je m’y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées ». Pourquoi Descartes est-il aussi résolu dans sa morale provisoire ? Parce que les actions ne souffrent aucun délai. Dans la vie, on n’a pas toujours le temps pour douter, alors il s’agit de choisir et de se décider, et de ne pas changer d’avis comme une girouette sensible à n’importe quelle influence du vent.

L’irrationalité des choses humaines nous oblige à nous contenter d’opinions simplement probables, mais la fermeté dans l’action est absolument nécessaire. Pour appuyer son propos, Descartes emploie l’image d’un voyageur égaré dans la forêt. Faute de connaître le meilleur chemin pour sortir de la forêt, le voyageur doit en choisir un et s’y tenir. Au hasard s’il le faut et s’y tenir. Il est possible remarque Descartes que le voyageur n’ait pas fait le bon choix, qu’il ait pris le chemin le plus long. Mais ce choix deviendra bon s’il s’y tient. En effet, en marchant toujours dans la même direction, il finira bien « par arriver quelque part, où vraisemblablement, il sera mieux que dans la forêt ». Si au contraire, notre voyageur change souvent de direction pour « de faibles raisons« , il ne sortira jamais de la forêt !

Autrement dit, ce que nous dit Descartes c’est que lorsque tout est douteux, que les connaissances de l’entendement sont insuffisantes, l’homme peut s’en sortir par la détermination de la volonté. La fidélité au choix est donc une attitude rationnelle. La résolution est l’attitude sensée et réaliste de celui qui n’a pas l’intelligence parfaite d’une situation donnée.

La deuxième maxime de Descartes vise donc à nous délivrer des hésitations dont souffre celui qui doute.

 3) Quant à la troisième maxime de la morale provisoire de Descartes, elle vise à nous délivrer des vains désirs : « Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ». Par cette morale provisoire, Descartes montre que son doute n’est qu’une opération intellectuelle. Pendant le doute cartésien, il faut continuer à vivre et à agir. En définitive, Pyrrhon aboutit à des aberrations, il n’est donc pas permis de douter de tout.

CONCLUSION

Après réflexion, on peut donc déduire que : 1) Il n’est pas possible de douter de tout. la conscience est le seul fait indubitable (comme l’a montré Descartes). Le paradoxe est donc que ma puissance de douter n’est pas douteuse.
Certains ont objecté à Descartes, « je me promène donc je suis », « je marche donc je suis ». Mais Descartes répond que ni la promenade, ni la marche n’échappent au doute. Ainsi la bonne formule est « je pense que je marche donc je suis ». C’est toujours de la pensée et non de son objet que l’on peut inférer ou conclure l’ existence.

 2) Il n’est pas permis de douter de tout dans la mesure d’ailleurs où cela n’est pas possible ! En effet, si cela n’est pas possible, cela est encore moins permis ! Logique !

Cependant si un doute total paraît néfaste dans la vie quotidienne, le doute peut avoir quand même quelque chose de bénéfique. Ainsi comme le remarque Alain : « Le fou ne doute jamais, ni dans son action, ni dans sa pensée ». Les fanatiques sont d’ailleurs des gens qui ne doutent pas suffisamment, sinon ils auraient une conduite plus modérée. Par conséquent , le doute (quand il n’est pas extrême) est la couronne du sage, il lui évite des emportements nuisibles et des comportements à risque.

Ne pas assez douter est donc dangereux dans la recherche de la vérité, mais trop douter est aussi nocif et désagréable dans d’autres cas. Par exemple, se mettre à douter de son amour pour quelqu’un , c’est commencer à perdre l’enchantement du monde.. Douter en amour, c’est être aspiré par le vide existentiel, c’est une perte de lumière quelque part. Ainsi Hugo a dit « Tout corps traîne son ombre, et tout esprit son doute ». Dans certains domaines, douter, ne pas avoir assez de foi est une pesanteur pour l’âme. Disons que le doute est pesant et désagréable dans toutes les expériences qui demandent un don de soi (comme l’amour, l’apprentissage des petits), mais dans la recherche de la connaissance, le doute est salvateur, dans la mesure où il galvanise l’intelligence.

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Pourquoi une telle question en premier lieu ? Parce qu’elle est au centre du questionnement philosophique, et qu’elle est un bon angle d’attaque pour comprendre ce qu’est, finalement, l’attitude philosophique. En effet, on l’a vu : le doute est à son origine. Reste à savoir jusqu’où il doit être poussé, et si ceux qui conseillent de le pratiquer sans aucune limite ne se trompent pas.

Introduction

Dans la pièce de théâtre « La vie est un songe », Pedro Calderon de la Barca met en scène un personnage, Sigismond, enfermé par le roi son père dans une tour pour éviter la réalisation d’une prédiction annonçant le retournement du prince contre l’autorité de son propre père. Le Prince passe alternativement par des phases de rêve et de veille, mais les drogues et l’enfermement font que ces deux temps se mélangent au point qu’il n’arrive plus à discerner ce qui est la vie de ce qui est le rêve. Mais pire encore, il en vient à affirmer que la vie elle-même n’est qu’un rêve ; c’est là le titre de la pièce, c’est aussi le point où Calderon de la Barca veut mener le public, mais c’est avant tout une question centrale en philosophie. En effet, si l’action humaine s’appuie sur une quantité nécessaire de certitude, il faut cependant admettre que cette certitude est souvent relative, qu’elle est faite sur une multitude de compromis, d’arrangements qui la rendent douteuse dès lors qu’on l’étudie de plus près.

Il faut reconnaître aux philosophes sceptiques grecs d’avoir été les premiers à jeter un regard soupçonneux sur la connaissance, tenant tout pour faux de peur de se tromper. Position radicale, excessive même, mais qui aura une postérité riche et de nombreux héritiers. Il faut admettre avec eux que si nous accordons une valeur suprême à la vérité, alors on ne peut la brader au prix des approximations usuelles. Dès lors, si on veut atteindre une vérité reconnaissable comme telle, ne faut il pas douter de tout ? On ne se demande pas là si tout autour de nous est propre à nous faire douter, mais si le doute doit être une attitude volontaire et systématique. Le doute parait inévitable si l’on refuse de se laisser berner par les berceuses de l’opinion. Mais si l’opinion est confortable et efficace, alors il est nécessaire de se demander dans quelle mesure le doute est une obligation, et dans quel objectif il faut le pratiquer.

En s’appuyant sur les sceptiques, qui sont les pères de cette attitude, nous tenterons de dépasser le doute conçu comme une fatalité, une limite stérile de la connaissance, pour tester la capacité du doute à produire quelque chose qui le dépasse et le rende ainsi nécessaire.

Première partie

Incontournable quand le problème porte sur le doute, le scepticisme est en fait au départ une philosophie s’appuyant sur quelques observations simples. Tout d’abord l’incapacité de nos sens à nous informer correctement sur le monde qui nous entoure. En effet, les sensations sont relatives à ceux qui les perçoivent, et un même élément du monde paraîtra de manière extrêmement différente à plusieurs hommes en faisant l’expérience. Un exemple simple est celui de la perception de la température. A partir de mêmes conditions météorologiques, d’un corps pourvu de mêmes aptitudes à ressentir la température, les hommes ont une impression radicalement différente de la température au même endroit et au même moment. En fait, ce que pointent les sceptiques, c’est la part de subjectivité inhérente à la perception du monde. Cette subjectivité pousse au doute dès lors qu’on en a conscience. On peut avoir une impression de fraîcheur, mais savoir que cette impression vient en fait de la fièvre dont on souffre, et qu’elle n’est donc pas réelle. Ainsi le scepticisme se fonde t-il avant tout sur la prise de conscience que tout ce que l’on ressent n’est pas réel, qu’il y a une différence entre ce qui est perçu et ce qui est. Le doute s’impose donc dès lors que l’ensemble de nos sens est concerné par cette imprécision.

Ce doute s’impose d’autant plus que rien ne va pouvoir venir réduire l’incertitude qui commence avec la perception. En effet, la réaction la plus logique face à la subjectivité de notre rapport au monde, c’est de considérer que la raison va nous sortir de l’erreur. Or les sceptiques n’adhèrent pas à cette proposition. En effet, si la raison venait résoudre l’incertitude, cela signifierait qu’un raisonnement permettrait d’aboutir à la certitude. Or c’est faux : aucun raisonnement n’est définitif. Tout raisonnement utilise des arguments qui eux-mêmes doivent être soutenus par d’autres arguments qui eux-mêmes à leur tour doivent être soutenus par des arguments etc. En somme, toute démonstration doit s’arrêter à un argument final, lui-même non démontré, que l’on devra accepter comme vrai sans avoir été validé par une preuve. Cet argument, qui est celui de la régression à l’infini des preuves est beaucoup plus puissant que le précédent car il ne se contente pas d’observer notre rapport avec le monde ; il s’agit là d’une preuve logique de l’impossibilité pour l’entendement humain d’arriver à une quelconque certitude.

Sur ce constat, les sceptiques concluent qu’il faut s’abstenir de toute affirmation, qu’elle soit positive ou négative. L’opinion est trop incertaine pour être affirmée ; mieux vaut s’en tenir à une sorte de retrait par rapport aux connaissances.

« Mais quand nous cherchons si la réalité est telle qu’elle apparaît, nous accordons qu’elle apparaît, et notre recherche ne porte pas sur ce qui apparaît mais sur ce qui est dit de ce qui apparaît. Or cela est différent de faire une recherche sur ce qui apparaît lui-même. Par exemple, le miel nous apparaît avoir une action adoucissante. De cela nous sommes d’accord, car nous subissions cette action adoucissante par nos sens. Mais de plus, s’il est doux, pour autant que cela découle de l’argument précédent, nous continuons de le chercher : ce n’est pas la chose apparente mais quelque chose qui est dit de la chose apparente. »

Diogène Laërce Vies et doctrines des philosophes illustres I, 19-20

Certes il est impossible de ne plus émettre aucun jugement, la vie et les choix nécessaires, les automatismes font qu’on est bien obligé de recevoir le monde pour ce qu’il est (ou pour ce qu’il apparaît être comme le diraient les sceptiques). Mais autant que faire ce peut, mieux vaut s’abstenir de prononcer ces jugements spontanés, et surtout de les ériger en véritables connaissances.

Transition

Faut il douter de tout ? Oui semble t il pour les sceptiques, puisque le doute est présenté par eux comme une nécessité. Mais affirmer le doute comme nécessaire c’est le présenter comme une sorte de fatalité à laquelle l’homme serait condamné. Cette fatalité, on serait plus tenté de s’en libérer que de voir en elle une voie que l’on puisse choisir. C’est la raison pour laquelle il faut étudier les éventuelles voies par lesquelles on pourrait voir dans le doute non un aboutissement, mais un moyen permettant d’atteindre autre chose.

Deuxième partie

Revenons dans l’antiquité grecque. Quand les sceptiques font le constat que l’opinion est une faiblesse, ils ne sont pas seuls. Un autre philosophe fait le même constat. Platon en effet porte un regard critique sur l’opinion. Il la décrit finalement comme le font les sceptiques, avec le même aspect trompeur, le même potentiel d’illusion. Mais il ne se dirige pas vers les mêmes conclusions pour autant. En effet, pour lui l’opinion est douteuse mais il y a néanmoins un au-delà de l’opinion qui permet d’atteindre une véritable connaissance. Ce faisant, il considère l’opinion sous un angle nouveau. Autant pour les sceptiques l’opinion est entièrement fausse, autant pour Platon elle est une apparence. Or une apparence n’est pas une erreur. C’est un fait qui est une constante chez Platon.

Pour prendre une occurrence de cette théorie, on peut se pencher sur le septième livre de la République, où Platon utilise ce récit mieux connu sous le nom d’allégorie de la caverne. On y raconte le cheminement d’un prisonnier vers la vérité. A priori on pourrait penser que finalement, les idées auxquelles arrive ce personnage sont aussi arbitraires que les images du mur au fond de la caverne. Mais c’est oublier que les idées ne s’opposent pas aux images. Les images sont justement les images de quelque chose, sans être cette chose. Une image n’est qu’une apparence, mais l’apparence n’est pas déconnectée de l’objet qui constitue son original. C’est là que Platon se sépare des sceptiques. Pour lui, les ombres sur le mur sont l’image de quelque chose d’autre. Avoir recours à cette expérience particulière qu’est l’ombre est particulièrement efficace ici : nous savons que notre ombre n’est pas nous même. Nous savons qu’aucune ombre ne peut se confondre avec l’objet dont elle est l’ombre. Mais la forme de l’ombre dépend de l’objet. Elle ne peut pas avoir n’importe quelle forme. Voir l’ombre, c’est déjà voir quelque chose de l’objet, et mieux connaître l’objet c’est tenter d’en repérer la forme véritable, indépendamment des déformations que l’ombre lui fait subir. Chez les sceptiques, un tel passage de l’apparence à la vérité n’est pas possible parce qu’il n’y a rien qui permette d’aller au-delà de l’apparence. Mais pour Platon il y a une véritable continuité entre les différentes phases de l’expérience, qui permet d’aller vers la vérité. Pour prendre un exemple parlant, on peut se souvenir de la manière dont Platon considère l’amour, en se référant au Banquet en particulier. L’amour y est décrit comme une relation idéale, un attachement à l’idée même du Beau, mais il naît dans l’attirance physique pour les autres corps. Connaître le beau ne pourrait se limiter à cette attirance, mais on ne peut pas dire que l’attirance pour les beaux corps soit mensongère, elle est en fait parcellaire, ce qui la rend insuffisante. Il n’est donc pas question de considérer l’ensemble de notre relation au monde comme totalement erronée. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’on puisse s’en contenter.

Semblable est la position de Descartes. Lui part d’une observation différente : le doute est pour lui nécessaire, principalement parce que les opinions se confrontent sans jamais s’accorder. Descartes propose dès lors une méthode permettant d’arriver à coup sûr à la vérité. Or le premier outil de cette méthode est précisément le doute lui-même. Mais à la différence des sceptiques, le doute n’est plus un but en soi mais un moyen transitoire permettant de parvenir à la certitude. Douter pour le philosophe français, c’est en fait surtout tenter de douter et vérifier que ce doute soit possible. S’il l’est, c’est que la connaissance envisagée n’est pas certaine et doit donc être considérée comme fausse. Le doute est ici nécessaire à deux titres : premièrement à titre de test. On prend une connaissance jusque là considérée comme véridique, et on tente d’en douter. Si elle résiste à cette tentative, on peut la considérer comme vraie, et alors le doute n’est plus de mise. Si cette connaissance n’y résiste pas, qu’elle lui offre prise, alors le doute doit s’installer de manière plus définitive, et s’amplifier jusqu’à devenir un rejet total de cette soit disant connaissance. Toute la pertinence de cette méthode tient à ce qu’elle aboutit effectivement à une certitude : le cogito, pierre angulaire de toute la reconstruction de la connaissance pour Descartes.

Transition

Ici donc, il faut douter de tout, mais à la différence des sceptiques qui sont victimes de leur propre doute (qui n’est finalement pas le leur, puisqu’il leur est imposé), des penseurs comme Platon et Descartes proposent un doute qui est entièrement volontaire tout en étant nécessaire. Si on veut atteindre la vérité, alors il faut prendre le risque du doute. Si on ne prend pas ce risque, on se condamne à demeurer dans l’opinion, ce qui implique d’accepter de vivre en étant porteur d’une certaine quantité d’erreur. Reste que si le doute est nécessaire, c’est en vertu de sa capacité à révéler l’erreur et son usage est donc fonction de la gravité des erreurs à abandonner. Or il n’est pas certain que toutes les erreurs soient graves et demandent à mettre le doute en œuvre. D’autre part, et à l’opposé de cette hypothèse, on peut se demander s’il est vraiment pertinent de tout remettre en question, et si il n’existe pas des connaissances, des savoirs desquels il ne faut pas douter.

Troisième partie

On peut en effet supposer qu’il n’est pas absolument nécessaire d’atteindre la vérité dans tous les domaines. Descartes le dit lui-même : dans les choses qui concernent la vie quotidienne et dans tout ce qui est de l’ordre de l’urgence, ce qui importe, c’est l’action et il ne faut pas attendre d’atteindre la stricte certitude pour agir. Mais au-delà de cette nécessité d’action, le doute étant une suspension du jugement, on peut se demander si sa pratique systématique ne mène pas au simple relativisme : si ce que j’affirme ne vaut pas plus en matière de vérité que ce qu’autrui affirme, alors plus personne n’a de conviction et on en arrive vite à affirmer que tout le monde a, à sa manière, raison. Or on sait bien que ce n’est pas possible. Se pose donc la question du domaine dans lequel on doit être sceptique. Marcel Conche, dans l’introduction de son livre « Quelle philosophie pour demain ? » pose justement la question de cette limite du doute. Et pour la traiter, il s’appuie comme nous l’avons fait plus haut sur Descartes.

En effet, celui-ci, quand il décrit la philosophie, la décrit comme un arbre, dont les branches seraient les sciences, et les racines seraient la métaphysique. Quand on lit le « Discours de la méthode », on assiste à un double mouvement. Le premier mouvement (les quatre premiers chapitres) constituent le mouvement du doute, régression toujours plus grande des connaissances dissoutes par le scepticisme méthodique. Le second mouvement est l’inverse du premier, puisque c’est un mouvement de reconstruction dans lequel le doute ne joue plus. La question qu’on peut se poser, c’est : à quel moment peut on se passer du doute ? Descartes nous le montre : au moment où on atteint la certitude en matière de métaphysique. Et LA question métaphysique en l’occurrence, c’est la question de notre existence : est ce que j’existe ? Si on possède une réponse évidente et certaine à cette question, alors toutes les autres réponses en découlent : si j’existe, alors (comme je n’ai pas toujours existé et que je ne me suis pas créé moi-même) il existe aussi un être supérieur qui m’a créé ainsi que le monde qui m’entoure, et ce monde existe lui-même véritablement ainsi que les autres hommes qui m’entourent. Ainsi donc, dès que l’on possède une certitude en matière de métaphysique, on peut reconstruire la connaissance en mettant de côté le doute. Même les sceptiques fonctionnent ainsi : simplement, leur fondement métaphysique est l’affirmation que nous n’avons de contact qu’avec l’apparence du monde, que cette apparence est changeante (affirmation métaphysique) et que par conséquent on ne peut rien affirmer (ce qui, même si c’est leur seule affirmation, constitue néanmoins bel et bien une affirmation).

Le problème, c’est que c’est justement sur la question métaphysique qu’on ne peut se mettre d’accord. Kant le montre bien : la métaphysique concerne l’ensemble de ce dont on ne peut pas faire l’expérience, or toute connaissance commence avec l’expérience. Dés lors, c’est le fondement même de la connaissance qui se voit nécessairement et irrémédiablement fragilisé. Alors doit-on sombrer dans le relativisme et tout admettre ? Marcel Conche pose cette question sur un terrain particulièrement sensible et important : celui du révisionnisme. Et voici comment il y répond :

« Qui oserait ne pas condamner Auschwitz ? Auschwitz signifie l’impossibilité radicale du scepticisme en morale. Et comme la politique, en ce qu’elle doit être, c’est-à-dire politique morale, doit rendre impossible un Auschwitz à l’avenir, il faut dire que la politique est aussi la frontière où s’arrête le scepticisme »

Marcel Conche, Quelle philosophie pour demain ? P.10

En d’autres termes, et il reprend ces arguments quelques pages plus loin, il est possible qu’on ne soit pas d’accord sur le terrain métaphysique, c’est même sans doute LE terrain sur lequel il est impossible de s’accorder. Mais il demeure que les hommes, indépendamment des doutes qu’ils peuvent légitimement avoir sur les fondements de leur propre connaissance, et de la connaissance des autres, doivent vivre ensemble. C’est-à-dire avoir une morale commune, et donc une politique commune. Ce faisant, c’est finalement justement le concept de laïcité qui peut venir mettre un terme au scepticisme et au relativisme généralisé, en affirmant que ne pouvant pas avoir une base métaphysique commune, universelle et sûre, il faut travailler sur ce que les hommes ont de commun et d’assuré. Marcel Conche finit son introduction sur ces mots :

« (…)m’adressant au philosophe chrétien (ou juif, ou islamique…) – j’ajoute « Où le désaccord entre nous cessera, c’est, je l’ai dit, sur la morale. Cela signifie que la morale n’est pas affaire d’opinion : elle peut être fondée, c’est-à-dire justifiée. Elle ne se fondera pourtant ni sur la religion, puisque je n’en ai pas, ni sur la métaphysique, puisque la vôtre n’est pas la mienne, mais sur le simple fait que vous et moi pouvons dialoguer, et nous reconnaissons par là même comme également capables de vérité et ayant la même dignité d’être raisonnables et libres. Et une telle morale, impliquée dans tout dialogue, différente aussi bien des morales collectives que des éthiques particulières, a bien un caractère universel, puisque le dialogue avec n’importe quel homme est toujours possible, en droit ».

Ibid, p. 14

Ainsi, séparer ce qui est douteux de ce qui ne l’est pas est nécessaire à la construction de la vérité, si on considère que cette construction se fait en commun sur des bases qui ne sont pas partagées par tous.

Conclusion

Dès lors, on peut affirmer que douter de tout est naturel, mais il importe justement de ne pas laisser la nature l’emporter. Ce qui doit primer c’est la capacité qu’a l’homme à vivre une vie commune, à former une communauté sur une des fondations qui diffèrent énormément, tant entre les individus qu’entre les cultures. Et on le sait, les sources de ces différences sont finalement des choix divergents en matière de métaphysique. La laïcité est précisément l’affirmation que, même si on ne peut se mettre d’accord sur les fondements métaphysiques de la connaissance, il est possible de bâtir une vie commune. On peut voir là un espoir naïf. Ce serait alors oublier que justement, la laïcité n’est pas un relativisme qui laisserait tout faire et tout croire sous prétexte qu’on ne peut être sûr de rien, de sorte qu’au contraire on doit affirmer que si le doute est légitime, il est néanmoins hors de question de faire du doute universel une attitude constante et obligatoire ; car ce qui prime, c’est la vie de l’homme, au service de laquelle est la philosophie et non l’inverse. Certes, le relativisme est une attitude commode dans la mesure où elle permet de ne pas s’engager. Mais le propre de la vie humaine est précisément d’être une vie engagée, qu’on le veuille ou non. On peut donc douter, cela reste une possibilité qu’il faut sans doute expérimenter et entraîner régulièrement. Mais faire du doute une nécessité, une obligation définitive et au-delà de laquelle on ne peut aller, c’est rester en retrait d’une vie qui, qu’on en doute ou pas, reste à vivre. Or la vivre, c’est s’engager. Si le doute a une limite, c’est donc celle de l’engagement dans la vie, et de ces deux voies, (le doute, ou l’engagement) une seule peut être considérée comme nécessaire. En d’autres termes, on peut douter, mais il faut choisir.

Table des illustrations (dans leur ordre d’apparition « à l’écran »)

[1] Marc Antoine Mathieu, Le processus. Bande dessinée à portée quasiment métaphysique, Le processus est une des meilleures et plus étonnantes expériences de mise en abyme dans le domaine de la bande dessinée. Le personnage y est confronté à une situation qui est pour le moins source de doute puisque c’est tout simplement l’existence et la nature même de son monde de personnage de bande dessinée qui est remis en question. On pourra lire avec la même fascination cette autre aventure du même personnage, Julius Correntin Acquefacques dans l’album intitulé L’origine.

[2] J. Van Hamme / Vance :XIII tome 1 Le jour du soleil noir. Grand classique, la série XIII suit les aventures d’un personnage qui dès le début est frappé d’amnésie. L’ensemble de ses aventures est donc porté par le doute qu’il peut avoir sur son propre passé et sur son identité. La question de la mémoire aurait pu être abordée dans le traitement du sujet. On l’a vu en cours avec Bergson, elle est la condition de l’existence de la conscience et nous constitue en tant que personne dans la mesure où elle permet notre permanence dans le temps. Toute remise en question de la mémoire, tout dysfonctionnement est donc une situation de doute nécessaire, que rien ne semble pouvoir solutionner.

[3] Léo Malet / Tardi Casse pipe à la Nation. L’enquête policière est LE classique de l’usage méthodique du doute. Comme chez Descartes, il consiste à régresser vers le noyau dur de certitude, et à reconstruire les faits à partir de ce noyau. Ici ce sont les aventures de Nestor Burma qui sont mises en images par Tardi, et comme dans toute bonne enquête, on passe par de multiples phases de questionnement, où on soumet les faits au crible du doute. Au-delà des enquêtes menées, les personnages de ce type de quête sont souvent de grands sceptiques. Nestor Burma ne déroge pas à la règle, ses aventures étant l’occasion de questionnements politiques et sociaux qui dépassent le cadre des énigmes policières.

[4] Van Hamme / Rosinski Le Grand Pouvoir du Chninkel. Ici on plonge en plein doute métaphysique. Cet album est une épopée pré-historique au sens propre du terme, le récit d’un mythe d’inspiration chrétienne. J’On, le héros bien malgré lui de cette aventure, se trouve porteur d’un destin qui le dépasse, pour lequel il se sent trop faible. On a ici finalement une image de l’homme tel qu’il est quand il a le sentiment qu’il participe à une aventure qui est d’une dimension qui le déborde, et ce particulièrement quand, comme ici, le scenario de son aventure le conduit à voir totalement disparaître l’univers dans lequel il croyait se trouver.

[5] Ibid

NB : Toutes les illustrations sont visibles en grande taille en cliquant dessus.

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